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L’écriture inclusive, tue-t-elle réellement la langue française ?

En février dernier, il y a eu un débat qui a divisé les Français. L’utilisation de l’écriture inclusive. Avec du recul et quelques recherches, j’ai décidé d’écrire sur ce sujet « bouillant » qui risque d’encore provoquer le débat prochainement. Alors, l’écriture inclusive est-elle si néfaste pour notre langue française ?

Mais qu’est-ce que l’écriture inclusive ?

Avant de donner mon avis sur cette écriture, laissez-moi dessiner en quelques phrases la notion d’ « écriture inclusive ».

Le débat de février faisait enjeu autour de l’utilisation du point médian. 

Le point médian est l’utilisation « d’intercalaire » afin de séparer le genre féminin du masculin. 

Par exemple étudiant·e·s (ou étudiant·es)

Mais l’écriture inclusive est bien plus. Elle inclut la féminisation des noms, les accords de proximités ou encore la règle de la majorité. 

De nouveau des exemples pour illustrer. 

1. Féminisations des noms : professeure, auteure (autrice), cheffe, mairesse, technicienne, ambassadrice

2. Accords de proximités : Cette règle veut que l’adjectif s’accorde avec le nom le plus proche. 

« Ce garçon et cette fille sont gentilles. », « Monsieur et Madame sont heureuses d’être en famille » »

Phonétiquement, ces phrases sont inhabituelles. Même mon correcteur MerciApp me corrige. Pourtant, j’y trouve une certaine galanterie.

3. La règle de majorité : 

« Cet homme et ses trois amies sont gentilles », « Ce monsieur et les deux dames sont contentes », « Cette dame et les deux messieurs sont heureux d’assister au spectacle. »

À l’oral, la règle de majorité a une logique plus naturelle que l’accord de proximité. 

Parfois, nous l’utilisons sans y prêter attention.

Finalement, l’écriture inclusive est une palette de possibilité, aussi flexible soit-elle et qui peut s’incorporer dans notre riche langue française. 

Hormis le point médian, qui alourdit inutilement un texte, je suis pour l’écriture inclusive.

Mais pourquoi il y a des détracteurs, dans la population, au sein de la classe politique mais aussi à l’Académie Française ?

L’écriture inclusive, un passé oublié !

« Le masculin l’emporte sur le féminin »

Vous saviez qu’avant la création de l’Académie Française, l’écriture et le parler inclusive primé dans notre douce France ?

Je parie que non !

Au Moyen Âge, notre langue n’est encadrée par aucun code ou institution, et son usage est relativement épicène, suivant la localisation.

C’est à partir de 1634 et la création de l’Académie Française sous le règne de Louis XIV que les libertés linguistiques disparaissent. 

«  Le royaume de France s’agrandissant radicalement, le cardinal de Richelieu désire uniformiser la langue française dans l’espoir que cela permette d’unifier le territoire et d’assurer la transmission des lois. On assiste alors à une réforme et à une codification du français par cette institution qui se dit « gardienne de la langue ». À l’époque, l’usage dominant du masculin fait partie des réformes adoptées et engendre déjà de vifs débats. En effet, cette nouvelle règle entre en conflit direct, d’une part, avec la règle de proximité, pratique répandue à l’époque, et, d’autre part, avec les habitudes linguistiques. La règle de proximité, également appelée accord de voisinage, prévoit que le genre et le nombre de l’adjectif soient en accord avec le nom qualifié le plus proche. L’apparition de la règle de primauté du masculin est le parfait opposé de cette règle grammaticale aujourd’hui oubliée, mais qui était à l’époque une pratique répandue. » Source d’information – Délit Français.

Dès cette époque, ces changements ont entraîné un vif débat, mais la domination du genre masculin l’emporta jusqu’à dernièrement (féminisations des noms).

Finalement, nos gènes linguistiques se tiraillent entre l’écriture inclusive (j’inclus le « parler ») et l’imposition d’une nouvelle norme par l’Académie Française au 17ème siècle. 

Je ne remets pas en cause l’importance de cette institution, mais force est de reconnaître son aspect vieillissant qui peine à se renouveler. 

Notre langue est sans doute l’une des plus belles mais aussi l’une des plus complexes à apprendre.

Cependant, cette complexité lui offre une capacité d’évolution quasi infinie. Et la brider via des amendements, des interdictions et autres formes juridiques est un non-sens. 

Le monde francophone, en avance sur la France

Difficile de parler de l’écriture inclusive sans mentionner certains de nos ami(e)s francophones, pionnier en la matière. 

Et il y a bien un endroit francophone en avance sur ce sujet, le Québec.

Nous avons l’Académie Française, eux ont la OQLF. (Office Québécois de la Langue Française)

Depuis plusieurs décennies, l’OQLF constate la prédominance du masculin de la langue et recommande l’utilisation de l’écriture épicène. 

Aussi, pendant que nous débattions sur la féminisation des noms, l’OQLF avait depuis longtemps tranché sur le sujet et valider des changements. 

Au Québec, ils parlent des Droits Humains et non des Droits de l’Homme. 

Il est aussi courant que dans certaines publications écrites vous retrouviez ce message 

« Le genre masculin est utilisé comme genre neutre. L’emploi du genre masculin a pour but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture. »

La Suisse et la Belgique ont aussi rejoint les rangs d’une écriture inclusive.

Des exemples parmi tant d’autres qui visent à rendre égale une langue qui à l’origine n’avait aucune prédominance masculine. 

Tout n’est pas néfaste, c’est une question de norme

Récemment, Le Figaro a publié une interview de Francois Jolivet qui qualifie « l’écriture inclusive contre-intuitive, illisible et excluante ».

Et il exprime un fait intéressant sur l’incompatibilité de cette écriture avec la dyslexie.

Mais ce n’est pas les accords de proximités, la féminisation des noms ou la règle de la majorité qui sont le problème. Seulement le point médian.

Et je constate énormément de généralisations (des médias et des intervenants) entre écriture inclusive et le point médian.

Une fois pour toutes, le point médian n’est pas le seul protagoniste et la langue française peut accueillir des variantes.

Slasheur, genré, ubériser, darknet, inclusif

Voici quelques mots ajoutés dans le dictionnaire Larousse en 2020. Un mélange d’anglicisme francisé.  

Ils sont ajoutés dans un dictionnaire francophone car leurs normes d’utilisations ne choquent plus personne. 

Il est devenu courant d’utiliser ses mots dans sa sphère privée ou professionnelle et hormis quelques derniers récalcitrants, les débats sont clos. 

L’écriture inclusive est du même acabit. 

Notre mentalité évolue, notre langue aussi, et une ouverture d’esprit se fait déjà ressentir. 

Si notre écriture doit être inclusive, elle ne doit pas exclure les autres. Je pense dorénavant au dyslexique ou aux étrangers qui s’initient à notre langue. 

Je conçois que le point médian est une lourdeur, mais on ne peut pas combattre l’écriture inclusive à cause d’une règle.

Et c’est ce qui me pose un problème dans nos débats. Il y a des camps qui se parlent mais qui ne s’écoutent pas. Il y a des camps qui débattent mais qui ne s’acceptent pas. 

C’est tout ou rien !

Si un élève de Science Po veut écrire en écriture inclusive, soit-il. Est-ce qu’il doit être favorisé pour autant ? Certainement pas, car favoriser c’est déjà exclure. 

Mais chacun doit accepter l’utilisation de l’autre, car ce n’est qu’une question de norme. Lorsqu’elle sera comprise, alors nous pourrons tourner la page de ce débat.

Alors non, je ne suis pas un « auto-entrepreneurs de l’écriture » engagé contre « de vieux machistes réactionnaires » Monsieur Jolivet.

Mais si la norme est à l’inclusion, je tâcherai de m’adapter. 

En attendant, chacun écrit à sa sauce ! 

Alan, “auto-entrepreneur” de l’écriture

2 thoughts on “L’écriture inclusive, tue-t-elle réellement la langue française ?”

  1. Pour moi, l’écriture inclusive, c’est non. Un · c’est tout ! 😉
    Sans rancune mes ami·e·s.
    Ce·tte point·e·d’humour final·e n’est qu’un·e erre·ment·ur.

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